5 novembre 2026
Gavel en bois sur une table, main posée sur un livre, personne en costume
Cession du droit au bail commercial sans accord du bailleur : risques pour le cédant, clause d'agrément, arrêt de 2024 et conditions pour céder sans danger.

Vous avez cédé votre droit au bail, encaissé le prix, et vous imaginez l’affaire classée. Sauf que le bailleur, lui, n’a rien signé. Dans un bail commercial, cette signature décide qui est locataire à ses yeux. Sans elle, la cession existe entre vous et l’acquéreur, mais le propriétaire restera tourné vers vous pour les loyers, les charges et les dégradations. Voilà pourquoi une cession signée dans la précipitation peut vous poursuivre des années.

Ce qui se passe quand le bailleur apprend la cession

Un bail commercial n’est pas un papier que l’on transmet comme un ticket de parking. Le bailleur choisit son locataire, vérifie sa solvabilité, et accepte rarement de voir arriver un inconnu sans avoir son mot à dire. Si vous cédez sans son accord, la cession n’est pas nulle entre les parties, elle est simplement inopposable au bailleur. L’acte tient entre vous et votre repreneur, mais le propriétaire continue de considérer que le locataire, c’est vous.

Les conséquences tombent alors en cascade. Le bailleur peut refuser de reconnaître le cessionnaire comme locataire, demander la résiliation judiciaire du bail, et réclamer loyers et indemnités d’occupation au cédant, c’est-à-dire à vous. C’est ce qu’explique en détail un cabinet parisien spécialisé dans ce contentieux, bdd-avocats.net : le preneur reste le débiteur principal d’un bail dont il a pourtant cédé l’usage à un tiers. Franchement, la position est inconfortable.

La Cour de cassation l’a rappelé avec fermeté dans un arrêt du 4 juillet 2024 (3e chambre civile, n° 23-13.822). Un bailleur avait obtenu la résiliation judiciaire du bail aux torts d’un locataire qui avait cédé son droit au bail sans autorisation valable. Le raisonnement des juges est simple à suivre : le bail a été conclu avec une personne déterminée, et cette personne ne peut pas décider seule de changer le débiteur qu’elle a accepté à l’origine.

Statue de la justice, gavel, livres, personne écrivant dans une bibliothèque

La clause qui interdit la cession, et celle qui ne suffit pas

La plupart des contrats de bail commercial contiennent une clause interdisant au locataire de céder son droit au bail. Service Public le confirme sur sa page mise à jour en avril 2025. Vous relisez donc votre bail avant de signer quoi que ce soit, en cherchant les mots « cession », « agrément » ou « autorisation préalable ».

Attention, tout n’est pas interdit pour autant. Le texte de l’article L. 145-16 du Code de commerce annule toute convention qui empêcherait le locataire de céder son bail à l’acquéreur de son fonds de commerce. Le législateur a voulu protéger la transmission d’une entreprise, pas la revente d’un bail nu. Et c’est là que beaucoup de preneurs se trompent : céder le fonds et céder le seul droit au bail ne suivent pas les mêmes règles.

Quand la vente du fonds et la vente du bail ne se confondent pas

Quand vous vendez votre fonds de commerce, le bail suit en principe l’affaire, et le bailleur ne peut pas s’y opposer au nom de cette clause. Quand vous vendez uniquement le droit au bail, sans clientèle, sans matériel, sans stock, il n’y a plus de fonds à transmettre et la protection de la loi disparaît. Il faut alors l’accord exprès du bailleur, et un accord exprès ne s’improvise pas.

Un bailleur informé après coup ne se contente pas de râler dans son courrier. Il a des moyens d’action concrets, et il les utilise. Voici ceux que l’on rencontre le plus souvent dans ce type de contentieux.

  • Demander la résiliation judiciaire du bail aux torts du preneur fautif.
  • Réclamer au cédant l’intégralité des loyers impayés, y compris ceux que le cessionnaire aurait dû régler.
  • Contester toute indemnité d’éviction au cessionnaire, qui n’est pas locataire à ses yeux.
  • Réclamer une indemnité d’occupation au cédant si le cessionnaire occupe les lieux.

Sur ce dernier point, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a frappé fort dans un arrêt du 3 novembre 2015 (chambre 11 A, n° 2015/565). Le cessionnaire du seul droit au bail, sans accord du bailleur, a été déclaré occupant sans droit ni titre puis expulsé, avec une indemnité d’occupation fixée au double du loyer, soit 29 928 euros par trimestre. Une sanction qui donne à réfléchir avant de griffonner un acte sous seing privé. Sur ce point, voir aussi notre article sur cabinet avocats seghier leroy.

Un bailleur peut-il refuser n’importe quelle cession ?

Il faut distinguer la cession du bail avec le fonds et la cession du bail seul. Pour la première, le bailleur peut refuser, mais il doit motiver son refus et la justice arbitre. Pour la seconde, sa liberté est beaucoup plus large : sans son accord exprès, il n’y a pas de cession opposable, et aucune clause du Code de commerce ne vient sauver le preneur. Le propriétaire n’a donc pas besoin de se justifier pour dire non.

Une nuance mérite d’être posée, parce qu’elle change tout dans la pratique. Un bailleur qui encaisse pendant des mois les loyers versés par le cessionnaire, sans jamais protester, peut se voir reprocher son silence. Les juges regardent les faits autant que les clauses, et une tolérance prolongée affaiblit la position du propriétaire. Ça dépend donc beaucoup de la manière dont les choses se déroulent, mais parier sur cette tolérance reste un mauvais calcul.

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Les conditions pour céder sans se mettre en danger

La première étape, c’est de lire le bail. Si une clause d’agrément existe, elle fixe la procédure : demande écrite, pièces à fournir, délai de réponse du bailleur. Vous suivez cette procédure à la lettre, sans sauter d’étape, parce qu’un accord obtenu hors des formes prévues peut être contesté plus tard.

La deuxième, c’est d’obtenir un accord écrit, signé, daté, avant toute remise des clés. Un courriel peut suffire s’il est clair, mais un acte signé vaut mieux, surtout quand la cession porte sur des sommes importantes. Prévoyez aussi que le bailleur puisse exiger une caution du cessionnaire, ou refuser purement et simplement.

La troisième tient à la rédaction de l’acte de cession. Vous y faites figurer l’engagement du cessionnaire à payer les loyers à compter de la date d’entrée, et une clause de garantie qui vous couvre si le bailleur refuse finalement la cession. Sans accord du bailleur, mieux vaut ne pas signer du tout. L’argent d’une cession non autorisée finit toujours par repartir en indemnités.

Une signature oubliée coûte plus cher qu’un accord attendu

Ce qui ressort de tout ça tient en une idée simple : le bail commercial supporte mal les raccourcis. La cession non autorisée ne disparaît pas parce qu’elle arrange les deux parties, elle reste suspendue au-dessus du cédant, prête à tomber au premier impayé du repreneur.

L’arrêt de 2024 et celui d’Aix-en-Provence de 2015 montrent que les juges n’hésitent ni à résilier ni à doubler l’indemnité d’occupation. Si votre repreneur vous presse de signer sans attendre la réponse du bailleur, posez-vous la vraie question : qui gardera le bail sur les bras dans un an, une fois le premier loyer impayé ?

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